Révélation : l'exposition d'Alain Pontecorvo à la Galerie de l'Europe nous ouvre les yeux

Galerie de l'Europe
Du 15 septembre au 17 octobre 2020

Ses œuvres ont fait le tour du monde, elles appartiennent aux collections des plus grands musées, comme le musée d’art moderne de Paris ou celui de New York, Alain Pontecorvo est un artiste qui échappe aux classifications artistiques traditionnelles. Direction la très belle galerie de l’Europe au cœur de Saint-Germain des Prés, pour découvrir ses toutes dernières œuvres, exposées de manière inédite. L’artiste est un virtuose de la composition, maniant à la perfection les équilibres de tonalités, des ombres appuyées qui répondent à des tonalités franches, une géométrie des espaces implacable, une extrême précision du détail. Sous son pinceau, les contraires se réconcilient dans une harmonie captivante, qui nous fait glisser de l’abstraction absolue à une figuration expressionniste. Sur sa toile, l’artiste encapsule une histoire, jalonnée par des éléments géométriques structurants, un escalier, une ligne d’horizon, un vaste ciel, un rebord de trottoir, un barreau de chaise ou un store de brasserie, peu importe. Ses motifs ne sont pas ceux d’une France de carte postale, mais des instantanés de la vie, capturés sur le vif. Il se dégage de ses œuvres une atmosphère singulière, celle d’une vie en pleine ébullition, figée dans un mouvement fugace. Des peintures animées et pourtant, étonnamment silencieuses. Un arrêt sur image fascinant, obsédant presque. Car il se passe quelque chose en dehors du tableau. Une lumière unidirectionnelle, des compositions rigoureuses, des cadrages audacieux, une touche de surréalisme, l’artiste oriente notre regard comme il le ferait avec un projecteur sur un tournage. Il nous force à penser le contrechamp, pour regarder où tout le monde a regardé et y voir à ses côtés, ce que personne n’a vu. Cette part d’insaisissable fait de chaque œuvre une énigme, d’une tonalité cinématographique évidente. Les acteurs de ses toiles sont trop absorbés par leurs occupations pour prêter attention à nous, spectateurs, comme cette femme qui s’affaire à sa toilette sans s’interrompre par notre présence, ce flux de passants imperturbable, ces invités qui trinquent joyeusement lors d’une réunion de famille, ces serveurs en pleine course ou même ces pigeons installés sur les marches en bord de mer et que notre présence ne saurait perturber. Ses scènes visibles ont toujours pour pendant des paysages invisibles et subjectifs, une histoire qu’il nous reste à compléter avec notre propre imaginaire.

 

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Une construction d’une précision presque scientifique basée sur les lois du nombre d’or, un sens de la perspective hérité des plus grands architectes, une maîtrise de la lumière qui revisite la tradition des maîtres hollandais… L’artiste ira même jusqu’à retourner sa toile lorsqu’il peint pour lui conférer une parfaite harmonie. Rien n’est laissé au hasard, pas un vide, un flouté, une touche de couleur improbable. Une peinture sans concession. Lorsque l’on s’approche des toiles, chaque détail et chaque imprécision apparente est parfaitement volontaire. Reculez d’un pas, de deux, de trois… L’abstraction se trouble et la scène prend vie sous notre regard stupéfait. La magie opère et les œuvres se livrent à nous, tout en spontanéité et en émotion. L’artiste a réussi, en nous forçant à prendre de la distance, nous ressentons le doux sentiment d’une reconnexion avec le monde.

 

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Le saviez-vous ?

C’est au détour d’un dîner chez son ami Jacques Séguéla que Catherine Deneuve lui demande s’il peut réaliser l’affiche du film Hôtel des Amériques (André Téchiné, 1981) dont elle est l’actrice principale avec Patrick Dewaere.

Né en 1936 à Paris, Alain Pontecorvo entame une carrière dans la publicité après des études d'art à l'école des Arts Décoratifs de Paris puis de graphisme à l'école Estienne. C'est seulement en 1976 qu'il retourne à son premier amour, la peinture, deux ans seulement avant d'organiser sa première exposition en 1978. De ses portraits, nus, intérieurs, paysages urbains et natures mortes aux lignes droites qui évoquent les tableaux de Hopper, transparait une abstraction paradoxalement figurative. La lumière qui émane de ses toiles, douce et diffuse, ainsi que leur composition minutieuse rappelle les tableaux d'un Sorolla et traduit à la fois un héritage hollandais et italien. L’expressionnisme du peintre oscille sans cesse entre rigueur photographique et liberté de facture, le tout dans un art équilibré ni tout à fait figuratif, ni tout à fait abstrait.

La Galerie de l'Europe

Ouverte en 1997, la galerie encourage tout particulièrement la création contemporaine de la jeune génération d’artistes et organise chaque année de nombreuses expositions personnelles et collectives. C'est en tissant une véritable relation avec les artistes qu'elle expose, qu'elle permet, dans une sorte de mécénat philanthropique, de valoriser et de financer la création contemporaine au sein de ses deux espaces respectivement dédiés à la peinture et à la photographie.

 

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