Joseph Jeantet et Pierre Yermia, l'exposition entre ombre et élan à la Galerie de l'Europe

GALERIE DE L'EUROPE
Pierre Yermia & Joseph Jeantet

Exposition : le dialogue sensible de Joseph Jeantet et Pierre Yermia, entre ombre et élan, à la Galerie de l’Europe.

 

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Il existe des expositions qui rapprochent des œuvres. Et puis il y a celles qui révèlent une parenté secrète. À la Galerie de l’Europe, au cœur de Saint-Germain-des-Prés, le peintre Joseph Jeantet et le sculpteur Pierre Yermia se rencontrent autour d’une même question : comment donner forme à ce qui échappe au regard ? Comment faire surgir, depuis la matière, une présence fragile, insaisissable ? D’un côté, de vastes champs de pigments bleus, traversés par des griffures de fusain, des traces fugitives, des respirations lumineuses. De l’autre, des bronzes animaliers et des figures aériennes dont les silhouettes semblent vivantes. Deux écritures plastiques très différentes, mais une même attention à ce qui demeure vivant dans la matière.

L’ombre comme origine

Pour sa sixième exposition à la Galerie de l’Europe, Joseph Jeantet présente Ombre, un ensemble inédit d’œuvres réalisées au pigment pur sur toile et sur papier artisanal grand format. L’artiste, installé à Londres, poursuit ici une recherche qui l’occupe depuis plusieurs années : explorer les capacités expressives de la couleur lorsqu’elle est réduite à son état le plus élémentaire. Face aux œuvres, le regard est immédiatement absorbé par l’intensité des bleus. Bleu outremer, bleu lapis, bleu nocturne. Pourtant, ces monochromes ne sont jamais immobiles. Ils vibrent, se déploient, se creusent. L’œil découvre peu à peu des accidents de surface, des effacements, des filaments de fusain qui semblent flotter comme des écritures oubliées. Ce qui paraît caché permet paradoxalement à la lumière d’advenir. Les pigments déposés sur le support dialoguent avec l’eau, l’encre et les irrégularités du papier ou du coton. La peinture cesse d’être représentée pour devenir phénomène. L’artiste parle d’un acte fragile et instable. Cette fragilité est perceptible dans chaque œuvre. Rien n’y est démonstratif. Les formes naissent lentement, comme des souvenirs qui remontent à la surface. Dans ces étendues colorées, quelque chose du paysage, du ciel ou de la mémoire semble apparaître sans jamais se fixer définitivement.

Pierre Yermia ou la grâce du mouvement suspendu

À quelques mètres des peintures, les bronzes de Pierre Yermia introduisent une autre expérience du temps. Cerfs, chevaux, félins, oiseaux en envol : le sculpteur ne cherche pas à reproduire l’animal mais à saisir l’élan qui le traverse. Les corps sont allongés, étirés, réduits à l’essentiel. Les pattes deviennent des lignes, les cous des courbes tendues vers l’espace. Chaque sculpture semble surprise dans un instant de bascule. Formé aux Beaux-Arts de Paris et de Toulouse, Pierre Yermia développe depuis plus de trente ans une œuvre immédiatement reconnaissable. Ses bronzes conjuguent puissance et vulnérabilité, stabilité et légèreté. Chez lui, la matière lourde du métal paraît défier sa propre nature. Le bronze s’allège. Le magnifique Cerf IV, avec ses bois déployés comme une architecture végétale, impose une présence calme et souveraine. Les oiseaux d’Envolée ou d’Envol VI semblent quant à eux quitter le socle sous nos yeux. Même les félins, pourtant associés à la force et à la vitesse, avancent ici dans une temporalité suspendue, comme s’ils traversaient un rêve.

« J’aime que la sculpture soit l’expression d’un élan, d’un pur moment de grâce », confie l’artiste. Toute son œuvre pourrait être résumée par cette recherche de l’instant où la matière atteint un équilibre précaire et lumineux.

Une conversation silencieuse

La réussite de cette exposition tient précisément à cette rencontre. Les grandes nappes bleues du peintre trouvent un écho inattendu dans les patines vertes ou sombres des bronzes. Les griffures de fusain répondent aux silhouettes filiformes des animaux. Les œuvres se regardent, se prolongent, s’enrichissent mutuellement. Dans les salles de la galerie, le visiteur passe constamment d’une immersion à une autre. Cette exposition rappelle avec élégance que la création contemporaine n’a pas nécessairement besoin de discours démonstratifs. Elle peut encore s’appuyer sur les fondamentaux : la couleur, la matière, le geste, l’espace, et la lumière.

GALERIE DE L'EUROPE
Du 2 au 27 juin 2026
55 rue de Seine, 75006 PARIS
M° Saint-Germain-des-Prés (4)
Du mardi au samedi 11h-13h et 14h-19h

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