Actu - Ces œuvres qui ont disparu...

Elles seraient aujourd’hui 50 000 à avoir été prêtées aux musées et aux administrations sans jamais avoir été retrouvées. Ces œuvres de l’État « égarées », brisées ou volées sont tout simplement mal inventoriées sans que personne ne s’en aperçoive. Un scandale pour ce trésor commun.

PHOTO SERGE GUÉROULT

Tableaux, sculptures, vaisselle : plus de 500 000 pièces uniques sont prêtées en France par différentes structures telles que le Centre des monuments nationaux, le Centre national des arts plastiques, la manufacture nationale de Sèvres, le Service des musées de France, musée de l’Armée ou encore musée national de la Marine. Un gigantesque inventaire de la Commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art (CRDOA) vient de révéler que 10% sont absentes à l’appel. Des milliers de mairies, ambassades, musées de province, préfectures, universités sont concernés. Elles ont eu toutes les peines du monde à retrouver ce qui leur avait parfois été prêté cinquante ou cent ans plus tôt ! À lui seul, l’Élysée a "égaré" un bon millier de meubles, céramiques ou tableaux et les facs, près de 40% des œuvres qui leur auraient été confiées. Mais la palme revient au réseau diplomatique français, incapable de localiser 60% des 110 000 œuvres dont il avait la garde.

Des biens déplacés sans la moindre autorisation

Certains dépositaires, ainsi, "déplacent les biens qu’ils ont reçus" sans l’autorisation du déposant. Par exemple 125 œuvres ont été initialement déposées au musée des beaux-arts de Marseille, mais 24 ont été déplacées sur d’autres sites sans accord, tandis que 53 pièces, qui avaient été confiées à des musées différents, se sont retrouvées dans ses réserves ! Une chatte n’y retrouverait pas ses petits...

Parfois, des œuvres que l’on croyait perdues ressurgissent inopinément : c’est le cas du Vieux-Port par temps gris, une huile sur toile d’Eugène Giraud, retrouvée dans les réserves du musée Cantini, à Marseille encore ; d’un paysage d’Antoine Gianelli, prêté au Musée des Beaux-Arts, qui s’est retrouvé à la mairie du 9e arrondissement ; ou d’une sculpture de Henri-Paul Rey dénichée finalement dans les réserves du musée Réattu à Arles...

Une véritable chasse au trésor

Le Centre national des arts plastiques recherche ainsi deux portraits impériaux déposés à la sous-préfecture d’Arles ou La Vierge et l’Enfant Jésus, d’Emile Charles Joseph Loubon, une huile sur toile confiée à la maison d’arrêt des Baumettes. Il s’apprête à porter plainte au sujet d’une décoration picturale introuvable à la fac de médecine du Pharo, d’un buste de Louis Adolphe Thiers, signé Claude Vignon et déposé au musée Cantini, d’une huile de Jacques Thévenet, Boodle’s Club, prêtée au même musée… Quatre plaintes concernent enfin la Préfecture des Bouches-du-Rhône, incapable de remettre la main sur une aquarelle de Gilbert Galland et plusieurs huiles (Georges Pomerat, Étienne Ronjat, Joseph Sivel).

Les enquêteurs qui mettront la main dessus auront l’impression d’avoir trouvé le Graal : La Nativité avec saint François et saint Laurent, est un tableau signé le Caravage, volé dans l’oratoire de San Lorenzo, à Palerme, en Sicile, en octobre 1969. Toutes les polices du monde sont à sa recherche depuis 50 ans.

Autre toile volée mythique, Le Pigeon aux petits pois, un Picasso cubiste, a disparu du musée d’art moderne de Paris dans la nuit du 19 au 20 mai 2010, avec cinq autres œuvres majeures du maître espagnol, mais aussi de Modigliani, Léger, Matisse et Braque. Un butin estimé à 100M. Enfin, on est toujours sans nouvelles de Chemin de Sèvres, un petit Corot volé en plein jour au Musée du Louvre en 1998.

Des plaintes qui ne s’arrêtent plus

PHOTO ARCHIVES SERGE MERCIER

Le Service des musées de France a pour sa part déposé 94 plaintes dans les Bouches-du-Rhône, pour une marine de Raoul Dufy, recherchée au musée Cantini, deux peintures déposées par le musée du Louvre au musée des Beaux-Arts (Le départ de Léonidas d’Auguste Couder et Nymphes à la fontaine, de Charles Le Brun). Pas moins de 90 plaintes ont été déposées pour des envois Campana dont on ne retrouve pas la trace au musée d’archéologie méditerranéenne, à l’étage de la Vieille-Charité, toujours à Marseille.

Le trafic d'œuvres d'art est le troisième plus important au monde, très loin après celui des armes et de la contrefaçon. Selon les estimations, il représenterait 3 à 8 milliards d'euros par an. Les enquêteurs de l’OCBC traquent dans la gigantesque base de données des œuvres volées en France. 100 000 objets y sont répertoriés, mais certains ne réapparaîtront jamais sur leurs radars… Dans le monde de l'art, l'activité criminelle s'est recomposée au cours des dix dernières années. Le vol n’est pas la pratique la plus courante, le niveau de protection des œuvres ayant été considérablement amélioré ses dernières années. Près de nous, des pays comme l’Italie en ont d’ailleurs fait leur priorité. On estime que de 5 à 10 % seulement des œuvres volées seront finalement retrouvées.

Un drôle d'Indiana Jones

Il s'appelle Arthur Brand et ce détective privé néerlandais est désormais une star dans le monde de l'art : il aurait résolu une trentaine d'affaires pour une valeur estimée à près de 200 M€. Parmi les œuvres retrouvées ? Le fameux Buste de femme (Dora Maar) de Picasso, dérobé en 1999 sur le yacht d'un cheikh saoudien dans le port d'Antibes (Alpes-Maritimes). Son agence, Artiaz, piste également les œuvres volées aux familles juives pendant la guerre.


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