Paris 1925, quand l’architecture se fait manifeste...
CITE DE L’ARCHITECTURE & DU PATRIMOINE
Jusqu'au 29 mars 2026
Dessiner l’Art déco en architecture
Avant les pavillons, avant les façades, avant même le vacarme de l’Exposition internationale de 1925, il y eut un silence. Celui d’une table, d’un papier encore vierge, d’un architecte penché sur un trait. Une courbe, une oblique, une géométrie balbutiante – et soudain, tout un siècle s’invente. La modernité ne naît pas dans le tumulte d’un chantier, elle surgit du graphite, du compas, d’un esquissé rapide qui deviendra manifeste. À la Cité de l’architecture, les dessins des architectes de 1925 reprennent vie comme autant de prémonitions : des élévations rêvées, des perspectives au fusain, des plans tracés d’un geste décidé.
Devant ces feuilles fragiles, on comprend que l’Art déco n’est pas seulement un style : c’est une manière de tenir un crayon, de penser la ville avec la précision d’un orfèvre et l’audace d’un visionnaire. Perret, Laprade, Mallet-Stevens, Patout, Süe et Mare… leurs traits sont nets, architecturaux, tendus vers l’avenir. Ils composent, répètent, calibrent, jouent de symétries parfaites et d’arabesques contenues. On y voit la rigueur d’ingénieurs et la liberté de poètes. Ces dessins racontent une histoire que les pavillons achevés ne montrent plus : le frémissement de l’idée. On devine la main qui hésite, puis s’affirme ; le geste qui cherche un rythme ; la modernité qui se précise avant même d’exister.
Dans ces feuilles où la perspective se tend comme une promesse, on lit l’ambition d’une génération qui veut tout repenser – l’habitat, la lumière, le rapport à la nature, le mouvement même de la ville. Voir ces croquis, c’est assister aux coulisses d’un bouleversement esthétique. On y perçoit la fraîcheur d’un monde qui se redessine après la guerre, le désir d’un style plus clair, plus lisible, plus géométrique. Le trait devient manifeste, le crayon devient manifeste. Et l’Art déco, avant d’être dorures et motifs, est d’abord une tension vers l’épuration, un appel d’air graphique. Face aux maquettes virtuelles, les dessins paraissent presque modestes. Ils sont pourtant la matrice de tout. Sans eux, pas de pavillons audacieux, pas de théâtre des Champs-Élysées, pas de dialogue entre technique et élégance. Rien de ce qui fit 1925 n’aurait existé sans ce moment initial où la main s’élance.
Cette exposition révèle cette vérité simple et souvent oubliée : le futur commence toujours par un dessin. Ce geste – fragile, précis, obstiné – fut l’étincelle de la modernité. Un siècle plus tard, il continue de tracer sa ligne.
CITE DE L’ARCHITECTURE & DU PATRIMOINE
Jusqu'au 29 mars 2026
1, Place du Trocadéro et du 11 Novembre - 75116 Paris - M° Trocadéro (9/6)
Du lun. au dim. 11h-19h, sauf mar. et nocturne le jeu. jusq. à 21h.
Tarif : 13 € - TR : 10 € - Gratuit -25 ans







