FLORE : une Égypte intime au Musée de Picardie
MUSÉE DE PICARDIE
Jusqu’au 3 janvier 2027
FLORE. Un seul nom. Et des images qui ressemblent à des souvenirs qu'on n'aurait pas tout à fait vécus – nacrées, opalines, légèrement voilées, comme si la lumière elle-même hésitait à se poser. La photographe franco-espagnole investit les anciennes salles égyptiennes du Musée de Picardie avec une série née d'un retour : quarante ans après une enfance passée en Égypte, elle y est retournée, Polaroid en main, non pas pour documenter mais pour retrouver.
Ses images captent une Égypte dans laquelle elle a grandi, sa lumière, ses parfums. Le pari était audacieux faire dialoguer cette œuvre intime, chargée d'enfance, avec les cercueils de Setjaimengaou acquis en 1839 en pleine fièvre d'égyptomanie. Il fonctionne parfaitement – et pas pour les raisons qu'on croit. Tout commence avec le Polaroid, médium de l'éphémère par excellence : l'image se développe sous les doigts, imparfaite, poreuse, déjà en train de se dégrader. C'est de cette fragilité originelle que vient le voile nacré de ses tirages pigmentaires – moins une technique qu'une peau, une pellicule de temps déposée sur les choses. Face à une momie de trois mille ans, le vertige n'est pas celui du contraste – c'est celui de la ressemblance.
Deux techniques de l'éternité. Deux manières humaines, désespérées et sublimes, de faire tenir ce qui part. L'histoire leur donne raison : dès 1839, les premières expéditions photographiques de Maxime Du Camp rapportaient d'Égypte des clichés qui fascinaient l'Europe entière. FLORE s'inscrit dans cette lignée – mais là où ses prédécesseurs documentaient des monuments, elle photographie ce que les monuments font à l'intérieur. Elle tire elle-même ses épreuves dans des gestes proches de ceux des peintres, et cette matérialité achève de tout brouiller : entre la patine pigmentaire de ses tirages et le lin des bandelettes, quelque chose de fondamental circule. Son Égypte n'est pas un pays. C'est une éternité qui brûle au-dedans.
MUSÉE DE PICARDIE
Jusqu’au 3 janvier 2027
2 rue Puvis de Chavannes 80000 AMIENS
Tarif : 9€ - TR: 5€ - Gratuit -26 ans



