MaSH 2026 : les grands rendez-vous de l'art dans le 8e arrondissement de Paris

MASH – MATIGNON SAINT-HONORÉ
Nocturne le 19 octobre 2026

38 galeries. 1 arrondissement. 1 nocturne. 1 projet.

Le lundi 19 octobre, en soirée, s'inaugure la troisième édition de MaSH, la Nocturne de l'Association Matignon Saint-Honoré, qui réunit 38 galeries du 8e arrondissement en ouverture de la Paris Art Week. Cette année, elle se place sous le parrainage de Jacques Grange, figure majeure de l'architecture intérieure et des arts décoratifs, qui partage une sélection personnelle de coups de cœur, signalés par des macarons tout au long du parcours. Une programmation riche, donc, de sa diversité, animée par l'idée d'accueillir le monde entier, pendant un mois et parfois deux, autour des œuvres d'artistes mondialement célèbres, comme Chagall, de figures encore méconnues, comme Lee Krasner, et de propositions insolites, comme l'accrochage inédit de peintures flamandes chez De Jonckheere. Mais ce n'est pas tout, puisque De Jonckheere vernit son nouveau lieu, retrouvant la rue du Faubourg Saint-Honoré au numéro 65. C'est, en fait, l'âge des métamorphoses puisque de nouveaux espaces sont annoncés : Diane de Polignac au 45 rue de Penthièvre, la Galerie Laurentin au 8 rue de Miromesnil, Mennour au 26 avenue Matignon, Mitterrand au 28 avenue Matignon ou encore HELENE BAILLY MARCILHAC au 18 avenue Matignon. Le soir du 19 octobre, le quartier sera exceptionnellement piétonnisé et ponctué de performances de Mathieu Forget et d'Amélie Caussade.

Notre sélection parmi les expositions à découvrir pendant MaSH, de la peinture flamande aux amitiés new-yorkaises des années 1980.

1

PEINDRE LE MONDE

Lucas Cranach le Jeune, Le Christ bénissant les enfants, 1538, exposition Peindre le monde à la galerie De Jonckheere

À quelle distance faut-il regarder un tableau flamand ? D’assez loin pour comprendre la scène, puis d’assez près pour découvrir tout ce qui semblait secondaire. Un geste, un objet, la manière dont un chemin traverse le paysage : le détail prolonge le récit. Pour son retour à Paris, De Jonckheere réunit des peintures des Pays-Bas méridionaux autour de cette attention au monde. Paysages, portraits, scènes de genre et natures mortes proposent autant de façons d’observer une époque. La précision de ces images nous les rend immédiatement familières. Elle peut aussi nous tromper. Une peinture ancienne n’est jamais un simple relevé de ce qui se trouvait devant l’artiste : elle sélectionne, ordonne, rapproche. Le quotidien y côtoie les croyances ; la description de la nature peut accueillir l’imagination. Dans une société rythmée par les saisons et la religion, représenter les occupations humaines revient aussi à interroger la place de chacun dans un ordre-monde. Le parcours invite donc à deux plaisirs complémentaires : reconnaître et chercher. Reconnaître un mouvement, une attitude. Chercher ce qui nous échappe dans la construction de l’image, ses hiérarchies et ses sous-entendus. Cette peinture demande du temps, mais elle le rend bien : plus on s’attarde, plus la scène se peuple. L’ouverture dans les anciens salons et ateliers de Loris Azzaro donne enfin à cette redécouverte un cadre historique. L’intérêt de ce rendez-vous tient à cette rencontre très concrète avec des tableaux dont la virtuosité se mesure aussi à leur capacité à retenir notre regard.

DE JONCKHEERE
Du 19 oct. au 20 nov. 2026
65 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
M° Miromesnil (9/13)
Entrée libre

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2

PEGEEN

Pegeen Vail Guggenheim, Interior, 1952, gouache sur papier, exposition Pegeen à la galerie Durazzo

C’est la fille de Peggy Guggenheim. Mais là n’est pas le sujet. À douze ans, elle échange déjà une œuvre avec Yves Tanguy. À dix-sept ans, elle figure dans une exposition réunissant trente et une femmes à New York. Pegeen Vail grandit au contact de l’avant-garde, expose, travaille, invente. Cette exposition compte réhabiliter la densité d'un œuvre. Ses personnages ont des airs de poupées : des silhouettes simplifiées, des visages immédiatement lisibles, une présence à la fois tendre et pourtant étrange. Les couleurs franches attirent l’œil. Cette apparente facilité mérite qu’on s’y arrête. Pegeen connaît le monde des artistes et les recherches surréalistes ; son langage enfantin se développe dans cet environnement, avec sa logique propre. Il lui permet de raconter l’intimité sans passer par les conventions du portrait mondain ou de la scène familiale bien ordonnée. Dans son œuvre, mariages, maternité, scènes de famille comme du quotidien composent une chronique personnelle, aux allures de petit théâtre. Une image peut accueillir simultanément le bonheur comme désir et son impossible accession. Morte à quarante et un ans, après avoir été exposée en Europe et aux États-Unis, la voilà ici en pleine lumière.

Le 21 octobre, de 19h30 à 20h30 : lancement du livre consacré à l’œuvre de Pegeen, avec un talk de Benjamin Hélion.

DURAZZO
Du 19 oct. 2026 au 4 janv. 2027
23 rue du Cirque, 75008 Paris
M° Miromesnil (9/13)
Du lun. au ven. 11h-19h, sam. 12h-18h
Fermé dim.
Entrée libre

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3

LEE KRASNER

Lee Krasner, Comet, 1966-1970, huile sur toile, exposition à la galerie Gagosian Paris

Une première exposition personnelle en France, plus de quarante ans après sa disparition : le retard dit quelque chose de la place longtemps accordée à Lee Krasner. Gagosian réunit ses peintures et ses œuvres sur papier des années 1960, une décennie décisive pour cette figure de l’abstraction américaine. L’occasion de regarder de près une œuvre encore trop souvent abordée par son mariage avec Jackson Pollock. Le choix d’une période resserrée permet de se concentrer sur la peinture. Dans ces abstractions gestuelles, l’énergie se joue d’élans de formes. Suivre les rapports entre les formes constitue déjà une expérience précise, qui engage les yeux autant que la mémoire du mouvement. La confrontation des toiles et des feuilles offre une autre voie d’approche. C’est aussi l’intérêt d’une exposition centrée sur dix années : elle donne le temps de considérer les variations, au-delà de l’image générale d’un style. Organisée avec Olney Gleason et la Pollock-Krasner Foundation, cette présentation accompagne une reconnaissance internationale renouvelée depuis la rétrospective européenne de 2019-2021. Elle permet surtout une rencontre longtemps différée avec les œuvres. Devant elles, la question de la place de Krasner dans l’histoire de l’art devient très tangible : celle d’une peintre dont les choix, les rythmes et les inventions réclament toute notre attention.

Coup de cœur de Jacques Grange : Lee Krasner, Comet, 1966-1970.

GAGOSIAN PARIS
Du 19 oct. au 18 déc. 2026
4 rue de Ponthieu, 75008 Paris
M° Franklin D. Roosevelt (1/9)
Du mar. au sam. 10h30-18h30
Fermé dim. et lun.
Entrée libre

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4

HOMMAGE À DANIEL CORDIER

Pierre Bettencourt, Papillon de Colombie, série Petites Têtes, 1962, exposition Hommage à Daniel Cordier à la galerie Laurentin

On connaît le résistant, secrétaire de Jean Moulin. On connaît moins l’homme qui, après la guerre, consacre sa vie à la peinture, ouvre une galerie et défend des artistes dont les œuvres ne cherchent guère à rassurer. En réunissant plusieurs de ses compagnons de route, Laurentin propose de retrouver Daniel Cordier par ses choix. Jean Dewasne, Henri Michaux, Jean Dubuffet, Louise Nevelson, Brassaï, Roberto Matta, Pierre Bettencourt, Bernard Réquichot et Hans Hartung composent une réunion impossible à réduire à une école. Les noms dessinent déjà des directions très différentes : construction abstraite, invention de signes, exploration de la matière, assemblage, déformation du corps ou du monde. Cordier ouvre sa galerie parisienne en 1956. Son engagement se poursuit au-delà de cette activité, notamment par sa donation au Centre Pompidou, dont une partie est déposée aux Abattoirs de Toulouse. Des œuvres choisies dans l’intimité d’un jugement deviennent accessibles à d’autres regards, avec la possibilité d’être discutées, aimées ou refusées. L’exposition trouve sa force dans cette diversité. Elle permet d’aborder les artistes par une relation de confiance et de curiosité, plutôt que par une succession de catégories historiques. Une exposition d’amitiés et d’affinités, en hommage à celui qui était du genre satellites de pensée et projet coup de cœur.

GALERIE LAURENTIN
Du 2 oct. au 7 nov. 2026
8 rue de Miromesnil, 75008 Paris
M° Miromesnil (9/13)
Du mar. au ven. 10h30-13h et 14h-18h30, sam. 14h-18h30
Fermé dim. et lun.
Entrée libre

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5

CHAGALL : LA COULEUR DES SENTIMENTS

Marc Chagall, L’ange bleu, vers 1975, huile sur toile, exposition Chagall : La couleur des sentiments chez Gurr Johns

Marc Chagall. Des compositions qui n’ont ni temps ni lieu, et qui pourtant tiennent, de perspectives factices et d’idées bleues. Les peintures et œuvres sur papier, réunies pour l’exposition, interrogent la couleur. L’émotion s’y inscrit, aux décisions du peintre. Un rouge gagne la surface, un ciel lui résiste. Ici, un personnage ailé peine à trouver sa place. Il serait réducteur de distribuer les significations comme dans un dictionnaire, le bleu pour la mélancolie, le rouge pour l’amour : une couleur change de valeur selon son voisinage, son étendue, sa densité. Chagall nous apprend à réciter la couleur. La Bible, qu’il considère comme une immense source de poésie, nourrit son travail pendant des décennies. Il illustre, aussi, les fables de La Fontaine. Les générations s’appesantissent sur ses toiles, les textes sont absorbés et transmis à nouveau. Cette pensée ultra-riche nous parvient finalement par la couleur. C’est la quête du merveilleux. Chagall poursuit ses recherches à travers de nombreuses techniques, de la peinture au livre illustré et au vitrail. La couleur y rencontre chaque fois une autre matière, une autre lumière. Que garder d’un tel travail ? Que peut-être le spectre de nos vies passe parfois par ici, qu’il vient y chercher une hauteur, un horizon, et que nous y sommes un peu nous-mêmes : dans cet oiseau clair, dans ce ciel d’orage.

GURR JOHNS
Du 20 oct. au 8 déc. 2026
62 rue La Boétie, 75008 Paris
M° Miromesnil (9/13)
Du lun. au ven. 10h-18h
Fermé sam. et dim.
Entrée libre

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6

WARHOL, HARING, BASQUIAT, UNE AMITIÉ ARTISTIQUE

Keith Haring, Untitled, 1984, Day Glo et acrylique sur toile, exposition Warhol, Haring, Basquiat à Opera Gallery

Une amitié peut-elle changer une peinture ? Dans le New York des années 1980, les échanges entre Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat et Keith Haring touchent aux manières de travailler, de montrer les œuvres et de s’adresser au public. Opera Gallery revient sur ces relations au sein d’une ville-bruit : ateliers, clubs, métro et galeries. Trois trajectoires se croisent, sans se confondre. Warhol est déjà une figure majeure lorsque Basquiat et Haring s’imposent. Son usage des images médiatiques et commerciales leur offre un précédent essentiel. Mais la relation agit dans les deux sens. Entre 1984 et 1985, Warhol et Basquiat réalisent environ cent soixante toiles ensemble. L’aîné retrouve le travail manuel du pinceau ; le plus jeune intervient, recouvre, transforme. La surface est alors un lieu de réponses successives, et chacun doit composer avec ce que l’autre vient de faire. Haring développe une autre forme d’échange. Ses dessins à la craie sur les panneaux publicitaires inutilisés du métro rencontrent les voyageurs dans leur quotidien. Avec le Pop Shop, ouvert en 1986 et soutenu par Warhol, il cherche aussi à diffuser ses images au-delà du cercle des collectionneurs. Son amitié avec Basquiat s’inscrit dans cette scène alternative, musicale, performative et proche du dessin. Le signe immédiatement reconnaissable chez Haring, les images et les mots chez Basquiat, la répétition chez Warhol. Leur circulation dans la culture populaire soulève une question toujours vive : que devient une œuvre lorsque son image se dé-multiplie ? Une histoire d’amitiés et d’insurrection à l’évidence de société.

Coup de cœur de Jacques Grange : Keith Haring, Untitled, 1984.

OPERA GALLERY
Du 16 oct. au 18 nov. 2026
62 rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
M° Miromesnil (9/13)
Du lun. au sam. 10h-19h, dim. 11h-19h
Ouvert tous les jours
Entrée libre

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7

ALL EYES ON YOU

Pablo Picasso, Visage à deux profils, 1959, exposition All Eyes on You à la galerie Hélène Bailly Marcilhac

Retour aux sources pour HELENE BAILLY MARCILHAC, qui inaugure le 19 octobre son nouvel espace au 18 avenue Matignon, à l’adresse même où Charles Bailly avait installé sa galerie dans les années 1980. Pour l’ouverture, Alexis Mabille signe le commissariat d’All Eyes on You, une traversée du portrait d’Auguste Rodin à Tom Wesselmann. Van Dongen, Delaunay, Jawlensky, Giacometti, Picabia, et un ensemble de Picasso réalisé entre 1902 et 1969 : visages modelés, dessinés, peints, jusqu’aux céramiques de Madoura où le visage quitte le cadre pour investir l’objet. De la ressemblance à la métamorphose, le regard circule dans les deux sens. On entre pour regarder les œuvres ; au fil du parcours, ce sont elles qui nous fixent.

Coup de cœur de Jacques Grange : Pablo Picasso, Visage à deux profils, 1959.

HELENE BAILLY MARCILHAC
Du 19 oct. 2026 au 4 janv. 2027
18 avenue Matignon, 75008 Paris
M° Franklin D. Roosevelt (1/9)
Entrée libre

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Le saviez-vous ?

Pour sa troisième édition, la Nocturne Matignon Saint-Honoré a lieu le lundi 19 octobre en soirée et ouvre la Paris Art Week. Pour la deuxième année consécutive, elle figure au programme officiel des événements partenaires d’Art Basel Paris. Collectionneurs, amateurs et curieux peuvent passer librement d’une galerie à l’autre, et le quartier sera exceptionnellement piétonnisé pour l’occasion.

Deux performances sont prévues en plein air. Au carrefour de l’avenue Matignon et de la rue du Faubourg Saint-Honoré, Mathieu Forget, surnommé « The Flying Man », met en scène un corps en suspension au cœur de l’architecture. À l’entrée de l’avenue Matignon, à hauteur de Christie’s, Amélie Caussade fait défiler costumes et masques parmi les visiteurs, en hommage à Sophie Taeuber-Arp.

Tout au long du parcours, des macarons signalent les coups de cœur de Jacques Grange, parrain de l’édition. Ce soir-là, le Centre culturel canadien ouvre aussi ses portes en soirée pour la première fois, avec une visite de son exposition toutes les heures. Côté galeries, on peut notamment assister à la lecture d’un texte par Célia Houdart chez Brame & Lorenceau (20h) et à la projection en vitrine d’une œuvre animée de Ian Davenport, en sa présence, à la Galerie Andres Thalmann.


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