Exposition Voyage à l’anglaise, Turner et les artistes du Grand Tour, au Palais des Beaux-Arts de Lille
En 1819, un Anglais de quarante-quatre ans franchit les Alpes pour la première fois et rencontre une lumière qu’aucune aquarelle n’avait encore su retenir. William Turner a derrière lui une réputation solide, devant lui l’Italie, et la conviction tenace que le paysage mérite mieux qu’un rôle de décor. Le Palais des Beaux-Arts de Lille remonte ce chemin avec lui et avec ceux qui l’avaient précédé sur les routes du Grand Tour, carnet à la main, de Rome à Naples en passant par les cols enneigés.
D’abord le départ. Puis l’épreuve du motif. Enfin le retour, et ce qu’on en rapporte.
Le cœur de l’accrochage tient dans un geste modeste et décisif, dessiner sur le vif, à l’aquarelle, dehors et vite. John Robert Cozens, Francis Towne, Thomas Jones, Joseph Wright of Derby, Richard Wilson… toute une génération apprend à regarder en marchant et rapporte de ces mois d’errance des feuilles qui ne ressemblent plus à rien de ce que la peinture d’histoire enseignait alors. Les chiffres restent sobres, dix-huit œuvres de Turner et seize sorties de son atelier, mais c’est la fraîcheur du trait qui frappe, cette façon d’attraper un orage ou une ruine avant que le souvenir ne vienne les arranger.
Le Grand Tour, au dix-huitième siècle, était l’affaire des fils de bonne famille, un an ou deux sur les routes du continent pour achever une éducation. Les peintres s’y glissent, souvent comme accompagnateurs, parfois comme copistes, et profitent de l’aubaine. Ils rentrent avec des carnets pleins, une mémoire visuelle encombrée de ciels italiens, et une idée neuve : le paysage peut tenir seul, sans récit, sans figure édifiante au premier plan.
La vedette risque d’éclipser le reste, et ce serait dommage. Les feuilles d’atelier, celles que Turner n’a jamais montrées, disent mieux que les toiles achevées comment un peintre doute, recommence et laisse une tache sécher pour voir ce qu’elle donnera. Le partenariat avec la Tate Britain autorise cette intimité, rarement consentie, et la coproduction avec le GrandPalaisRmn donne à l’ensemble son ampleur.
Le commissariat scientifique revient à David Blayney-Brown, conservateur général honoraire de la Tate Britain. Juliette Singer, qui dirige le Palais des Beaux-Arts et le Musée de l’Hospice Comtesse, signe le commissariat général avec Alex Farquharson, directeur de la Tate Britain, et Alice Fleury, conservatrice en chef à Lille, en est la commissaire associée.
Le Grand Tour était un privilège d’héritiers ; il nous en reste, deux siècles plus tard, la liberté d’un regard qui a appris à se passer de modèle.
PALAIS DES BEAUX-ARTS DE LILLE
Du 20 novembre 2026 au 22 mars 2027
Place de la République, 59000 Lille - M° République Beaux-Arts (1)
Lun. 14h-18h, du mer. au dim. 10h-18h, fermé le mardi
Tarif : 7 € - TR : 4 €



