La renaissance des femmes de Flandrin

ÉGLISE SAINT-VINCENT-DE-PAUL
Les Femmes de Flandrin

À l’église Saint-Vincent-de-Paul, une restauration exceptionnelle redonne leur éclat aux saintes peintes par Hippolyte Flandrin.

 

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Dans la lumière dorée de l’église Saint-Vincent-de-Paul, au cœur du 10e arrondissement de Paris, une procession silencieuse reprend vie. Vierges, martyres, reines, pénitentes ou fondatrices d’ordres religieux : après plusieurs mois de restauration, les femmes imaginées par Hippolyte Flandrin retrouvent aujourd’hui la fraîcheur de leurs couleurs et la délicatesse de leurs visages. Un événement patrimonial qui permet de redécouvrir l’un des plus grands ensembles peints du XIXe siècle français.

Si l’église Saint-Vincent-de-Paul impressionne déjà par son architecture néoclassique, elle conserve également un trésor souvent ignoré des visiteurs : une frise monumentale réalisée entre 1848 et 1853 par Hippolyte Flandrin (1809-1864), figure majeure de la peinture religieuse française et élève préféré d’Ingres. Déployée sur près de 200 mètres tout autour de la nef, cette œuvre exceptionnelle constitue l’un des ensembles décoratifs les plus ambitieux du XIXe siècle. Inspirée des grandes processions chrétiennes, elle rassemble une foule de saints et de saintes avançant symboliquement vers le chœur dans une longue marche spirituelle. Pour réaliser cette fresque hors norme, Flandrin choisit une technique rare : la peinture à la cire, héritée de l’Antiquité. « Cela comporte mille difficultés et longueurs mais ça ne brille pas ; c’est là sa plus éminente qualité », écrivait-il alors.

Ce qui frappe particulièrement dans cet immense cortège, c’est la place accordée aux figures féminines. À une époque où les femmes demeurent largement absentes de l’espace public et de la représentation historique officielle, Hippolyte Flandrin leur réserve toute la partie gauche de la nef. Près de quatre-vingts figures féminines composent cette procession. On y rencontre des saintes venues de toutes les époques et de toutes les conditions : vierges consacrées, mères, souveraines, mystiques, martyres ou pénitentes.

Après plus de cent soixante-dix ans d’exposition à la poussière, à la pollution et aux effets naturels du vieillissement, les peintures avaient progressivement perdu leur lisibilité. Les carnations s’étaient assombries, les détails s’étaient estompés et certaines harmonies chromatiques avaient disparu sous les dépôts accumulés. Dans le cadre d’un vaste programme de restauration mené par la Ville de Paris et l’église Saint-Vincent-de-Paul, les restaurateurs ont entrepris un patient travail de nettoyage et de conservation. Après plusieurs mois d’intervention, les résultats sont spectaculaires.

Les femmes de Flandrin réapparaissent aujourd’hui dans toute leur splendeur : les drapés retrouvent leur subtilité, les ors leur éclat, les regards leur intensité. Les visages, autrefois voilés par le temps, révèlent à nouveau leur finesse d’exécution et leur extraordinaire individualité.

Après plus de 170 ans, la procession des femmes de Flandrin poursuit sa marche et nous freeze par son actualité.

ÉGLISE SAINT-VINCENT-DE-PAUL
Les Femmes de Flandrin
Place Franz-Liszt, Paris 10e
Entrée libre


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