Exposition Cosmofania, treize artistes à l’abbaye de Maubuisson

ABBAYE DE MAUBUISSON
Du 11 octobre 2026 au 21 février 2027

Dans une abbaye fondée par Blanche de Castille, treize artistes cherchent ce qui a pris la place de la foi. Et c'est un muséum d'histoire naturelle qui ouvre le parcours, avec des cristaux. Cosmofania, troisième et dernier volet d'un cycle sur le sacré, du 11 octobre 2026 au 21 février 2027.

 

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L'idée est simple et elle tient debout : le sacré a quitté les églises, mais il n'a pas quitté les gens. Il s'est déplacé. Il s'accroche désormais à d'autres objets, à d'autres gestes, à d'autres récits. C'est ce que l'abbaye de Maubuisson explore depuis un an dans un triptyque d'expositions, et Cosmofania en est le dernier chapitre. Le mot est fabriqué, du grec kosmos, le monde, et phainein, montrer. Faire apparaître le monde.

Des cristaux pour commencer

C'est l'idée la plus juste du parcours, et elle n'est même pas d'un artiste. Une sélection de pierres et de cristaux prêtés par le Muséum d'histoire naturelle de la métropole de Nantes ouvre l'exposition. Une géode d'améthyste, un quartz rutilé traversé de fils d'or, un bouquet de cristaux de roche. Rien d'autre que des minéraux de collection, posés sur fond gris comme dans une vitrine de sciences.

L'effet est redoutable. Ces objets ont été vénérés, montés en amulettes, portés en bagues, enterrés avec les morts, dans toutes les civilisations et pendant des millénaires. Ils sont aussi, exactement, de la matière. Cinq secondes devant la géode suffisent à comprendre le sujet de l'exposition sans qu'un texte ait besoin de l'expliquer.

Treize façons d'y croire, ou pas

Suivent treize artistes, et le mérite du choix est de ne pas trancher entre ironie et adhésion. Philippe Deloison pratique le dessin automatique médiumnique et consacre une série aux sœurs qui ont habité ces murs pendant cinq siècles : la maison est hantée, il dessine ce qui répond. Marion Flament convoque la psychostasie, cette pesée des âmes que l'Égypte puis le christianisme ont mise en images, et en tire des reliefs métalliques qui semblent avoir fondu. Ronan Masson coule des stalactites d'argent dans le béton brut, comme si la grotte poussait à travers le mur.

Tal Waldman brode des Improvisations musicales et cosmiques en bleu mineur où l'outremer et l'or s'organisent en rosaces et en écailles ; on pense à un vitrail qu'on aurait tissé. Darius Dolatyari-Dolatdoust projette une phrase en persan sur un mur d'usine, J'espère que tu réaliseras tes rêves sans nous, et c'est une prière sans dieu. Micha Laury ressort des dessins de 1968 à 1973 où le corps humain est déplacé comme un objet. Charles Fréger, Dany Leriche et Jean-Michel Fickinger, Erik Nussbicker, Régine Cirotteau, Bénédicte Estripeau, Shana Rouaix et Chloé Viton complètent la liste.

Le lieu fait la moitié du travail

Il faut dire un mot de l'endroit, parce qu'il est pour beaucoup dans l'affaire. Blanche de Castille, mère de Saint Louis, fonde Maubuisson en 1234 ; les bâtisseurs y travaillent de 1236 à 1242 sous la conduite de Richard de Tour, dont l'avenue porte encore le nom. L'abbaye est devenue en 2004 le site d'art contemporain du département du Val d'Oise, et les salles cisterciennes, nues, hautes, silencieuses, n'ont jamais cessé de faire ce pour quoi elles ont été construites : mettre les gens en état de regarder vers le haut.

Le premier volet du cycle, Mandorla, regardait vers les profondeurs et les strates de la croûte terrestre. Cosmofania remonte vers le ciel. Trente-cinq kilomètres au nord-ouest de Paris, le parc est gratuit, le parking aussi, et l'exposition coûte trois euros.

Retrouvez nos autres coups de cœur dans notre top des nouvelles expositions à Paris.

ABBAYE DE MAUBUISSON
Du 11 octobre 2026 au 21 février 2027
Avenue Richard de Tour, 95310 Saint-Ouen-l'Aumône
Mer. 9h30-11h45 et 13h-17h45, du jeu. au lun. 13h-17h45, fermé le mar.
Tarif : 3 € - TR : 2 € - Gratuit -8 ans

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