A la loupe - Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une femme noire

 

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Marie-Guillemine Benoist, Portrait d’une femme noire, 1800

Promenez-vous attentivement au Musée d’Orsay : combien de modèles noirs pouvez-vous dénombrer ? La réponse est assurément « trop peu ». Il était donc grand temps qu’un accrochage mette en lumière les rares représentations de ces hommes et de ces femmes. Pour tout spectateur de 2019, le tableau « Portrait d’une femme noire » n’est pas, à première vue, révolutionnaire. Et pourtant l’histoire de cette toile mérite d’être racontée en détail, afin de comprendre son importance capitale à l’orée du XIXe siècle, époque où représenter la carnation de la peau noire était jugé comme une tâche « ingrate »… Il faut d’abord s’attarder sur un détail qui n’est pas sans importance : la personne à l’origine de ce portrait est une femme, Marie-Guillemine Benoist. C’est donc un regard féminin qui se pose sur le modèle, dont le nom n’est pas connu. L’artiste, élève d'Elisabeth Vigée-Lebrun et Jacques-Louis David, doit s’affranchir de son statut de femme, qui la cantonne à des œuvres morales (représentation de la famille) ou « charmantes » (paysages etc.). En choisissant de peindre une femme noire, qui plus est dans une pose qui rappelle les portraits de style néoclassique d’habitude réservés aux femmes nobles, elle défraie la chronique. Peint en 1800, soit six ans après l’abolition de l’esclavage en France, la toile recevra d’élogieuses critiques, et entre dans les collections du Louvre en 1818. Peut-on déceler une dénonciation du traitement inégalitaire des hommes et des femmes noirs à travers ce portrait, deux ans avant que Napoléon Bonaparte réinstaure l’esclavage ? Marie-Guillemine Benoist ne laisse pas derrière elle de témoignage écrit manifestant ses intentions anti esclavagistes. Mais le traitement de ce portrait non conventionnel est très intéressant : assise de trois quarts, un sein découvert, la toile évoque le motif de la Joconde nue (portrait en buste d’une femme dénudée), en vogue deux siècles auparavant. Il n’empêche que les femmes noires n’accèdent que très rarement au prestige d’un portrait flatteur, quand elles ne sont pas reléguées au rang de domestique ou faire-valoir de la femme blanche. En choisissant de parer son modèle de draperies blanches, la couleur associée à la symbolique de la pureté et qui rehausse le contraste avec sa peau noire, l’artiste met la femme noire, qu’on suppose être une domestique venue des Antilles, sur un pied d’égalité avec l’aristocrate blanche ! Alors, que ce tableau soit synonyme de liberté ou au contraire une toile « exotique » qui en somme toute utilise la femme noire sexualisée sans lui laisser la parole, ni même une identité pérenne, le mystère reste entier…

Pour retrouver notre article sur l'exposition "Le modèle noir" au Musée d'Orsay, c'est ici.


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