Nuit Blanche au musée des Arts et Métiers : une nuit suspendue entre science, art et pollen

MUSÉE DES ARTS ET MÉTIERS
Du 7 au 17 juin

 

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Il faut imaginer le silence d’une ancienne église, la nuit tombée, éclairée de l’intérieur par de mystérieuses corolles lumineuses, fragiles et géantes. Une nef plongée dans l’obscurité, traversée d’ombres et de halos, où l’art se frotte au vivant, et la science à l’intime. Ce 7 juin 2025, dans le cadre de Nuit Blanche, le musée des Arts et Métiers invite les visiteurs à traverser l’ancienne église Saint-Martin-des-Champs pour une expérience à la fois physique et contemplative, onirique et politique. Un chemin sensoriel et réflexif intitulé L’Air de rien, imaginé par le sas – groupe science-art-société de l’Université Paris-Saclay.

Une nuit pour suspendre le temps, pour suspendre aussi la matière. Car ce parcours immersif, qui restera visible jusqu’au 17 juin, est tout entier construit autour de la tension entre technique et nature, entre le tangible et l’invisible.

Sous la voûte gothique, dans le cœur de l’église désacralisée, flotte L’Air du pollen. Une trentaine de sculptures en céramique suspendues dans l’espace, représentant des grains de pollen démesurément agrandis, comme échappés d’un herbier céleste. Le jour, ils paraissent inertes, rigoureux, presque scientifiques. Mais à la nuit tombée, ils s’illuminent, révélant des textures cachées, des aspérités fragiles, des éclats de lumière dans leurs creux. Ce sont des spores fantômes, des poussières essentielles, témoins d’une nature en mouvement perpétuel, où l’infiniment petit devient majesté suspendue. Une esthétique du minuscule, transfigurée par l’échelle.

En écho à cette lente contemplation, l’installation Perturbatio introduit une rupture : ici, les mouvements des visiteurs sont captés et projetés en temps réel sous forme de nuées de points, comme des micro-écosystèmes en alerte. Chaque déplacement agit sur ces mondes numériques. Une simple marche, un geste du bras, une respiration même, peut transformer l’équilibre initial en désordre sensible. Ce n’est pas une œuvre à regarder, c’est un vivant à déranger. Une manière élégante de rendre visible notre rôle de perturbateur, parfois involontaire, souvent inconscient.

Ce face-à-face entre sculpture muette et flux réactif raconte notre époque : à la fois fascinée par la beauté du monde et inquiète de la trace que nous y laissons. L’Air de rien nous plonge dans cette ambivalence contemporaine, entre admiration et responsabilité, entre l’émerveillement scientifique et la conscience écologique. Entre un monde que l’on cherche à comprendre, et un autre que l’on commence à perdre.

Portée par un collectif de chercheurs et d’artistes – Béatrice Albert, Charles Ménard, Guillaume Junot, Ikse Maître, Nadia de Bernardi, Tim Schneider et Vincent Hulot –, cette installation incarne l’esprit du sas, un laboratoire transdisciplinaire unique en France, où l’art, la science et la société dialoguent librement. Dans le cadre du programme Résonances art-science, et en préfiguration d’une future chaire Paris-Saclay, ce collectif investit des lieux ouverts pour inventer de nouvelles formes de médiation et de réflexion, au plus près du public.

À travers cette Nuit Blanche suspendue, le musée des Arts et Métiers réaffirme ainsi sa vocation : faire circuler les idées, les images, les savoirs, au croisement du sensible et du rationnel. Une mission partagée avec le Cnam, qui développe depuis plus de deux siècles une culture scientifique ouverte, accessible et vivante.

MUSÉE DES ARTS ET MÉTIERS
Nuit Blanche 2025
60 rue Réaumur, 75003 Paris – M° Arts et Métiers
Samedi 7 juin 2025, de 19h à 1h du matin
Du 7 au 17 juin


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