En bleu mineur : la saison d’art de Chaumont

DOMAINE DE CHAUMONT-SUR-LOIRE
Jusqu’au 1er novembre 2026

 

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Douze artistes, une couleur, un château sur la Loire. La dix-neuvième saison d'art de Chaumont-sur-Loire s'ouvre sous le signe du bleu – pas un bleu décoratif, plutôt un bleu mental, intérieur, qui circule d'une œuvre à l'autre comme un secret murmuré. Bleu du cosmos chez Evi Keller, bleu du deuil chez Pascal Convert, bleu des arbres dans la lumière d'octobre chez Marc Desgrandchamps. Une respiration partagée entre douze artistes et un domaine d'exception posé sur les rives de la Loire, entre Blois et Amboise, dans l'un des paysages classés au patrimoine mondial de l'Unesco. Dans les Galeries Hautes du Château, Desgrandchamps installe trois décennies de paysages vulnérables, où des troncs presque blancs se détachent sur des fonds bleutés – une peinture qui tremble doucement à l'heure du dérèglement climatique.

À la Galerie Basse de l'Aile Ouest, les Delocazioni de Claudio Parmiggiani sidèrent : des bibliothèques entières réalisées à la suie et à la fumée, silhouettes de livres absents sur des rayonnages fantômes, monument à tout ce qui s'enfuit – les savoirs, les mémoires, les civilisations. Plus loin, il faut descendre dans les sous-sols de la Tour de Diane pour trouver Pascal Convert et ses neuf cloches muettes en bronze, chacune coiffée d'une queue de cheval – œuvre funèbre et sensorielle sur la mort, la mémoire et Diane de Poitiers elle-même, morte dit-on d'avoir bu de l'or pour rester jeune. Dans le Petit Salon, les sculptures arachnéennes d'Antonio Crespo Foix semblent avoir été tricotées par le vent – de  fils de métal, bambou, raphia – dialoguant avec les mobiliers précieux comme si la nature avait repris possession des lieux, légèrement, sans s'imposer.

Dans le Parc historique, les pierres bleues archaïques d'Eugène Dodeigne imposent leur puissance charnelle, tandis qu'Astrid de la Forest déploie aux Galeries du Fenil des gravures au carborundum nées d'un rêve passé sur place – arbres et oiseaux confondus dans un même souffle d'encre. Evi Keller, elle, propose aux Galeries Agnès Varda l'expérience la plus immersive : des surfaces bleues, denses et vibrantes, faites de films plastiques recyclés exposés au soleil et à la pluie pendant des mois, parfois des années – lumière fossilisée, mémoire cosmique. Côté jardins, Ghyslain Bertholon installe Rezilientia : une souche massive de séquoia brûlé surmontée d'une hache de bronze d'où renaissent des feuilles d'or. La nature reprend ses droits, inévitablement.

DOMAINE DE CHAUMONT-SUR-LOIRE
Jusqu’au 1er novembre 2026
Rue des Argillons 41150 Chaumont-sur-Loire