Réalités estoniennes au MAM
Musée d'Art Moderne de Paris
Jusqu'au 19 juillet 2026
Trois artistes, un corps, un siècle. Une sculpture faite de savon et de papier d'aluminium. Des portraits peints dans les couleurs sourdes de l'immédiat après-guerre. Des têtes métalliques d'où jaillissent de longues langues de satin rose.
Pour sa première exposition consacrée à la scène estonienne, le Musée d'Art Moderne de Paris réunit trois artistes femmes de trois générations différentes – Olga Terri (1916-2011), Anu Põder (1947-2013), Kris Lemsalu (née en 1985) – autour d'un seul sujet : le corps.
Pas n'importe quel corps. Celui d'un pays qui a vu, au XXᵉ siècle, les régimes s'enchaîner sur sa terre : indépendance arrachée en 1918, occupation soviétique, occupation nazie, retour soviétique, puis indépendance retrouvée en 1991.
Dans les portraits peints par Olga Terri entre 1945 et 1950, des personnages mutiques habitent des couleurs sourdes où la guerre n'est pas tout à fait finie. Dans les sculptures d'Anu Põder – grande artiste redécouverte ces dernières années, et cœur battant de l'exposition –, le corps est vulnérable, morcelé, fabriqué de toile de jute, de savon, de papier d'aluminium : matériaux de la précarité soviétique, qui traduisent une condition.
Dans l'installation monumentale de Kris Lemsalu, enfin, le corps devient hybride, exubérant, burlesque – une lecture contemporaine du panthéisme estonien autant qu'une satire de la société actuelle. Ce que révèle l'exposition, au-delà du panorama, c'est la persistance d'une culture derrière les régimes qui se sont succédé. Une culture qui a trouvé dans le corps féminin un sujet – et dans l'art des femmes qui l'habitaient, son meilleur témoin.
MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS
Jusqu’au 19 juillet 2026
11 avenue du Président Wilson, 75116 - M° Iéna (9)
Du mar. au dim. 10h-18h - Fermé le lun.
Entrée libre







