Le TOP des jardins en Europe
L’Europe ne se résume pas seulement à ses cathédrales, ses palais et ses musées. Elle cache aussi des jardins hors normes. On découvre un géant couvert d’herbe qui crache une cascade dans les Alpes autrichiennes, des monstres de pierre surgis d’une forêt italienne, un palais tropical né d’un poème au Portugal ou encore le plus grand jardin de sculptures du continent au cœur des Pays-Bas. De l’Angleterre à la Toscane en passant par la Norvège, ces paysages façonnés par des artistes, des princes, des collectionneurs ou simplement des rêveurs, invitent à voyager loin des itinéraires attendus.
Le Parc Güell de Niki, en plus fou

Elle a vécu dedans. Pendant des années, Niki de Saint Phalle a dormi à l’intérieur de l’Impératrice – une sculpture-maison de quinze mètres, tapissée de miroirs, plantée dans les collines de la Maremme toscane. Autour d’elle, vingt et une autres figures monumentales couvertes de céramiques et de verre coloré incarnent les arcanes majeurs du Tarot. L’œuvre d’une vie, autofinancée – par un parfum et une ligne de bijoux – pour ne rien devoir à personne. Hallucinant, jubilatoire, incandescent. Le genre de jardin qui rend les enfants muets et les adultes euphoriques.
Le saviez-vous ?
Niki de Saint Phalle a refusé tout mécénat pour garder une liberté totale sur son œuvre. Elle a créé un parfum et une ligne de bijoux pour financer le chantier, qui a duré plus de vingt ans. Les parois intérieures de l’Impératrice sont entièrement recouvertes de miroirs – on peut encore visiter cette sculpture habitable.
Jardin des Tarots, Capalbio, Toscane, Italie
Jusqu’au 15 octobre 2026
Tous les jours, 14h30–19h30
Quatre siècles de folie baroque sur une île
L'île entière a été remodelée pour ressembler à un navire dont les jardins forment la poupe. Dix terrasses empilées, hérissées de statues, d’obélisques et de balustrades de pierre blanche – avec des paons blancs qui se promènent entre les orangers. Depuis 1632, la famille Borromeo transforme ce rocher du Lac Majeur en théâtre végétal flottant. Le palais, intact, ouvre sur des salles de coquillages et de galets. On prend le bateau depuis Stresa, on débarque dans un décor de scène d’opéra. Le jardin à l’italienne le plus spectaculaire qui soit – une folie aristocratique intacte depuis quatre siècles.
Le saviez-vous ?
Le nom de l’île vient d’Isabella, l’épouse de Carlo III Borromeo, qui a commandé le projet en 1632. Des tonnes de terre ont été rapportées du continent par barque pour créer ces terrasses sur un simple rocher. Le jardin culmine à 37 mètres au-dessus du lac, couronné par une licorne en pierre – emblème de la famille.
Isola Bella – Palazzo e Giardino Borromeo, Piémont, Italie
Jusqu'au 8 novembre 2026
Tous les jours, 10h–17h30 (dernière entrée)
27 € / Enfants (6–15 ans) : 18 €
Le plus grand jardin de sculptures d’Europe

La route passe par les landes, les dunes de sable et les bouleaux du Parc national de Hoge Veluwe – on pédale vingt minutes avant d’apercevoir le musée. Et là, 25 hectares de jardin déploient plus de 200 sculptures en pleine nature : Dubuffet, Maillol, Serra, Oldenburg. Le Jardin d’émail de Jean Dubuffet – une œuvre praticable aux formes biomorphiques blanches et noires – est à lui seul un voyage. Le plus grand jardin de sculptures d’Europe, dans un cadre qui ne ressemble à aucun autre musée au monde. Et au passage, la deuxième plus grande collection de Van Gogh au monde dort dans les salles d’à côté.
Le saviez-vous ?
Hélène Kröller-Müller, la fondatrice, a acheté massivement des Van Gogh dans les années 1910 – quand personne n’en voulait. Résultat : 91 peintures et 180 dessins, la deuxième collection au monde après le musée Van Gogh d’Amsterdam. Tout ça au milieu d’une forêt.
Kröller-Müller Museum – Jardin de sculptures, Otterlo, Pays-Bas
Tous les jours en juillet-août
Du mardi au dimanche, 10h–17h
Soixante-quinze ans sous les ronces

En août 1914, les jardiniers sont partis à la guerre. Beaucoup ne sont jamais revenus. Le jardin, lui, a disparu sous les ronces, le lierre et le silence pendant soixante-quinze ans. Lorsqu’un passionné a retrouvé les lieux en 1990, il a découvert des rhododendrons bicentenaires ensevelis sous la végétation – et, gravés dans le mur des anciennes toilettes des jardiniers, les noms et la date de départ des hommes mobilisés. Quatre-vingts hectares ont été ressuscités : la plus grande restauration de jardin en Europe. Aujourd’hui, une jungle subtropicale, des camélias géants, et les sculptures mythiques – la Mud Maid et la Giant’s Head – qui émergent de la terre comme des esprits du lieu.
Le saviez-vous ?
Les noms gravés dans la « Thunderbox Room » (les anciennes toilettes des jardiniers) sont ceux des hommes mobilisés en août 1914. Plusieurs ne sont jamais revenus. Le jardin est aussi un mémorial silencieux – la restauration a été lancée le jour où ces inscriptions ont été découvertes sous le lierre.
The Lost Gardens of Heligan, Cornouailles, Angleterre
Tous les jours, 10h–18h
Le musée qui vrille au-dessus de la rivière

Soixante mètres d'acier et de verre torsadés au-dessus de la Randselva – le bâtiment est à la fois pont, galerie et sculpture. Signé BIG (Bjarke Ingels), The Twist ne choisit pas entre le musée et le paysage : il devient les deux. Autour, un parc de sculptures ponctue la forêt de bouleaux et les berges, à une heure d’Oslo. Cet été, un nouveau centre d’accueil ouvre ses portes, de nouvelles sculptures de Dana Schutz investissent le parc, et le Twist accueille une exposition de peinture contemporaine. L’art, l’architecture et la nature scandinave dans un même souffle.
Le saviez-vous ?
Le site était à l’origine une usine de pâte à papier de 1889, reconvertie en musée industriel avant de devenir l’un des parcs de sculptures les plus ambitieux de Scandinavie. The Twist a remporté le prix Aga Khan d’architecture – un bâtiment qui vrille littéralement entre deux rives.
Kistefos Museum & The Twist, Jevnaker, Norvège
Jusqu’à 11 octobre 2026
Nouveau centre d’accueil en juin 2026
L’Eden en ruines qui a séduit Lord Byron

Lord Byron est passé par là en 1809, a vu les ruines, les palmiers, la brume – et a écrit un poème. Cinquante ans plus tard, un millionnaire anglais a lu le poème, a racheté le domaine, et a bâti un palais néo-mauresque couvert d’arabesques de pierre au milieu de fougères arborescentes, de cascades et de bambouseraies. Le parc de Monserrate mêle influences tropicales, anglaises et méditerranéennes sur les collines de Sintra, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le romantisme à l’état pur, dans un microclimat où les camélias et les araucarias côtoient les ruines gothiques.
Le saviez-vous ?
C’est la description de Byron dans Childe Harold’s Pilgrimage qui a convaincu le millionnaire Francis Cook de racheter le domaine et de bâtir le palais actuel. Un jardin né d’un poème.
Palais et Parc de Monserrate, Sintra, Portugal
Parc : tous les jours, 9h–19h
Huit siècles d’eau vive, sans une pompe

L’eau est partout. Elle coule, murmure, jaillit en arcs de cercle au-dessus des allées de cyprès, ruisselle le long des rampes de pierre, remplit des bassins bordés de roses. Les jardins du Generalife – résidence d’été des sultans nasrides, accrochée à la colline qui fait face à l’Alhambra – sont l’aboutissement absolu de l’art du jardin islamique : géométrie, fraîcheur, sensualité. Huit siècles et pas une ride. Le plus ancien jardin d’agrément conservé dans le monde musulman.
Le saviez-vous ?
Le mot « Generalife » viendrait de l’arabe Jannat al-Arif, « jardin de l’architecte ». Les canaux hydrauliques qui alimentent les fontaines datent du XIIIe siècle et fonctionnent toujours par gravité, sans aucune pompe – l’eau descend naturellement de la Sierra Nevada. Réserver au moins un mois à l’avance.
Alhambra – Jardins du Generalife, Grenade, Espagne
Ouvert tous les jours
Un géant crache 30 000 litres d’eau par minute

Une tête de géant couverte d’herbe, la bouche ouverte sur une cascade, au pied des Alpes : l’entrée donne le ton. À l’intérieur, quatorze Chambres des Merveilles creusées dans la colline déclinent le cristal sous toutes ses formes – dont deux salles signées Rafael Lozano-Hemmer où son, lumière et mouvement réagissent à la présence du visiteur. Dehors, un parc de sculptures scintille au soleil d’altitude et des spectacles de cirque animent l’été. Ni tout à fait musée, ni tout à fait parc d’attractions – un lieu inclassable qui fascine les enfants autant que les amateurs d’art contemporain.
Le saviez-vous ?
Le géant de l’entrée, conçu par l’artiste multimédia André Heller en 1995, crache 30 000 litres d’eau par minute. À l’intérieur, le plus gros cristal Swarovski taillé au monde – 310 kg – trône dans l’une des chambres. En trente ans, le lieu a accueilli plus de 17 millions de visiteurs.
Swarovski Kristallwelten
Tous les jours, 9h–19h
Kristallweltenstraße 1, 6112 Wattens, Tyrol, Autriche
Le prince fou qui a sculpté sa douleur dans la roche

En 1552, le prince Pier Francesco Orsini revient de la guerre. Son meilleur ami a été tué, lui-même a été retenu en otage pendant des années, et sa femme vient de mourir. Alors il fait creuser un bois sacré. Dans la roche volcanique, des monstres émergent : un ogre dont la bouche béante contient une table de pique-nique, un éléphant qui soulève un soldat romain, un dragon qui dévore un lion, une maison penchée qui donne le vertige dès qu'on y entre. Ni jardin à l'italienne ni fantaisie décorative – un cri de douleur pétrifié au milieu des chênes verts, quatre siècles avant les Tarocchi de Niki de Saint Phalle. Dalí est venu. Cocteau aussi. Personne n'en est reparti indifférent.
Le saviez-vous ?
Après la mort d'Orsini, le jardin a été oublié pendant quatre siècles – les monstres ont disparu sous la végétation. C'est un couple de la famille Bettini qui l'a racheté et restauré dans les années 1950, redonnant vie à ce lieu que le prince avait conçu comme un anti-jardin, un défi aux conventions de la Renaissance.
Parco dei Mostri - Sacro Bosco, Bomarzo
Ouvert tous les jours
Novembre à février 9h00-17h00
Mars à septembre 9h00-19h00
Cinq cents fontaines, pas une pompe

L'eau tombe de partout. Elle jaillit en éventail depuis des terrasses, cascade le long d'escaliers de pierre, rugit dans des grottes artificielles, et fait même jouer un orgue hydraulique depuis le XVIe siècle – toutes les deux heures, à heure fixe, sans électricité. Le cardinal Ippolito d'Este, fils de Lucrèce Borgia, a voulu surpasser les jardins antiques de l'empereur Hadrien, juste en face. Cinq cents fontaines alimentées uniquement par la pente et la gravité, sur une colline entière remodelée pour l'occasion. L'UNESCO a classé le tout. Depuis la terrasse, la vue plonge sur la campagne romaine jusqu'aux coupoles de Rome. Le jardin d'eau le plus ambitieux jamais construit – et il fonctionne toujours.
Le saviez-vous ?
L'orgue hydraulique de la Fontaine de l'Orgue, conçu en 1571, utilise la pression de l'eau pour pousser l'air dans des tuyaux – sans aucun mécanisme électrique. Il a été restauré et rejoue aujourd'hui à partir de 10h30, toutes les deux heures. Le cardinal Ippolito d'Este était le fils de Lucrèce Borgia et le petit-fils du pape Alexandre VI – une dynastie qui ne faisait rien à moitié.
Villa d'Este - Tivoli, Italie
Ouvert du mardi au dimanche, 8h30–18h45
Des Moore en plein vent

Pas de bâtiment à l'entrée, pas de guichet intimidant – on se gare, on marche, et les sculptures apparaissent. Un Henry Moore de quatre mètres se découpe sur les collines du Yorkshire. Un Andy Goldsworthy émerge d'un mur de pierre sèche. Un KAWS géant plante ses pattes dans l'herbe mouillée. Cinq cents acres de parc XVIIIe – le domaine de Bretton Hall – transformés en le plus grand parc de sculptures en plein air du Royaume-Uni. Cet été, une exposition monumentale de William Kentridge et, pour la première fois au Royaume-Uni, une exposition d'art contemporain indigène nord-américain dans la galerie souterraine.
Le saviez-vous ?
Le parc occupe les terres de l'ancien domaine de Bretton Hall, un manoir du XVIIIe siècle. C'est le premier parc de sculptures créé au Royaume-Uni, en 1977.
Yorkshire Sculpture Park
Du mardi au dimanche 10h-18h
Dernière entrée à 17h



