Le monde selon Roger Ballen

Halle Saint Pierre
Jusqu'au 31 juillet 2020

  • Roger-in-the-family-room_
  • Superman
  • Roger drawing 2
  • Disconnected, 2018
  • Addict, 2014

 

Miroir, Ô mon miroir !

Et si l’on pouvait photographier les profondeurs de l’âme ? Roger Ballen, mondialement connu pour ses photographies, nous révèle des facettes jusque-là insoupçonnées de son répertoire créatif : une nouvelle esthétique hybride, troublante, provocante et énigmatique. Et pour cause, ce géologue-ethnographe, peintre-photographe, sculpteur-scénariste, n’accepte aucune catégorisation, définissant d’ailleurs lui-même son style de « ballenesque ». Hors norme donc. Ce qui tombe plutôt bien, car la Halle Saint-Pierre qui l’accueille échappe elle-aussi aux règles. Temple de l’art brut, assurément inclassable et imperméable aux normes, ce musée atypique résiste à toutes les modes. Ici l’artiste prend possession des lieux, allant jusqu’à réaliser des installations spécialement pour l’exposition, des mises en scène monumentales, assemblages étranges qui donnent corps à son monde.

Mais au fait, à quoi ressemble le monde de Roger Ballen ? Au premier regard, ses œuvres semblent faites de bric et de broc, présentant des objets insalubres dans des décors de décharges abandonnées. Rien de bien rassurant. Pourtant, quelque chose de familier se dégage de ces cellules crasseuses et poussiéreuses, sans fenêtres, sans échappatoire. Face à ses murs interminables, le regardeur se trouve pris d’un vertige existentiel, se sentant à son tour emprisonné. De l’humanité, il ne reste que des traces, un dessin aux contours flous, des graffitis inquiétants, une peinture spectrale… Un vague souvenir, prêt à disparaître comme les marques sur le mur. Dans ce monde vide de tout, les protagonistes sont inanimés : des objets usés, des câbles suspendus, des poupées démantelées ou des masques sans regard, comme autant de fantômes d’une humanité perdue. Avec ses expérimentations visuelles, Roger Ballen nous place face au doute : son monde photographié est-il réel ou fictif ? Ses œuvres dépeignent en noir et blanc un paysage mental troublant et troublé, un monde transfiguré qui explore les profondeurs de l’âme, un lieu métaphorique qui incarne la face sombre de la psyché humaine. Le monde dans toute sa cruauté et son absurdité.

The world according to Roger Ballen has evolved over the years, born from and within his relationship with photography. The artist reigns over the black-and-white world of the human psyche. A disturbing, provocative and enigmatic exhibition.


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