Le mobilier-bijou, l'exposition du sculpteur Guillaume Piéchaud au Musée Mandet

MUSÉE MANDET
Du 5 juin au 1er mars 2026

 

6

On croit d’abord à des lignes. Des courbes souples, précises, d’une élégance contenue. Puis on comprend : ce sont des rubans. Des arabesques de métal qui semblent flotter dans l’espace, comme détachées de leur poids. À la croisée de la sculpture et du mobilier, les œuvres de Guillaume Piéchaud brouillent les frontières. Meuble ou bijou ? Orfèvrerie ou design ? L’artiste lui-même ne tranche pas. Il façonne. Il cisèle. Il rêve en volume. Le musée Mandet, à Riom, accueille pour la première fois une rétrospective d’ampleur consacrée à cet artisan du métal devenu poète des formes. Le mobilier-bijou, comme il aime le nommer, investit ici l’ensemble du musée, des salles d’exposition aux jardins, dans un parcours sensible et incarné retraçant trente ans de création. À travers une centaine de pièces, des objets intimes aux mobiliers monumentaux, on suit le fil d’un geste qui n’a jamais cessé de se réinventer. 

Formé à l’école Boulle, Piéchaud a d’abord appris à dompter les métaux précieux dans les plus grands ateliers de joaillerie. Ce savoir-faire exigeant, il l’a transposé à plus grande échelle sans jamais perdre en précision. Chaque pièce – tabouret, bureau, console – devient sculpture habitable, alliance rare du confort et de la contemplation. Le métal y est tantôt miroir, tantôt peau, tantôt onde. Il accroche la lumière, la renvoie, la caresse. On y retrouve des lignes aquatiques, des évocations animales, des torsions minérales : un vocabulaire fluide et organique, sculpté dans la dureté.

 

5

Le musée Mandet, avec son héritage d’arts décoratifs et d’orfèvrerie, était le lieu rêvé pour accueillir cette œuvre qui dialogue avec l’histoire sans s’y figer. Le parcours de l’exposition, pensé comme une immersion dans l’atelier mental de l’artiste, révèle aussi l’envers du décor : les gestes, les techniques, les outils. Découpe, patine, polissage, sertissure, travail du verre soufflé ou taille de pierre… autant d’arts d’exactitude qui deviennent ici matières à rêver.

Ici, les visiteurs sont conviés à s’asseoir sur les grandes pièces de mobilier installées dans les galeries, à expérimenter physiquement cette rencontre entre le corps et la matière. Car chez Piéchaud, le métal n’est pas distance, il est proximité. Un métal qui écoute, qui épouse, qui raconte. Une œuvre rare, précieuse et mouvante, au cœur de laquelle le geste artisanal rejoint la quête du sublime.

MUSÉE MANDET
Du 5 juin au 1er mars 2026
14 rue de l’Hôtel de Ville, Riom



Vous aimerez aussi…

Alina Szapocznikow, Sculpture-Lampe XII, c. 1970

Clair-Obscur Au-delà de l’ombre et de la lumière

BOURSE DE COMMERCE
Du 4 mars au 31 août 2026

Le clair-obscur. Un mot qui convoque immédiatement Caravage, ses figures happées par la lumière, ses corps surgissant de la nuit. Une révolution picturale qui, au XVIIᵉ siècle, bouleversa la peinture en faisant de l’ombre un lieu de vérité. 

  • Contemporain
  • Gratuit

Joseph Albers, l'art des carrés colorés

Du 15 janvier au 21 mars 2026
Galerie David Zwirner

Il suffit parfois de deux formes presque jumelles pour faire basculer une certitude. L’exposition que David Zwirner consacre à Josef Albers orchestre précisément ce trouble : un jeu d’échos, de glissements infimes, d’écarts millimétrés qui redéfinissent notre manière d’appréhender la couleur.

Étienne Bossut, Laocoon, 2003, © Étienne Bossut- Adagp, Paris, 2025. Collection Frac Île-de-France. Photo Aurélien Mole
  • Contemporain
  • Insolite

Le syndrome de Bonnard, ou le doute comme moteur

Du 14 février au 19 juillet 2026
Frac Ile-de-France : Le Plateau / Les Réserves

Peut-on vraiment finir une œuvre ? Pierre Bonnard, dit-on, n’y croyait pas. On raconte qu’il se glissait en douce dans les musées pour retoucher ses toiles, corriger une ombre, raviver un ton, incapable de s’en détacher.

Leon Wuidar_La Naissance de Venus
  • Contemporain
  • Insolite

Léon Wuidar, le choc du calme...

Du 14 janvier au 21 février 2026
White Cube

Il peint comme on respire : avec méthode et mystère. À 87 ans, Léon Wuidar entre enfin dans la lumière parisienne avec une première exposition personnelle chez White Cube. Couleurs franches, géométries tranquilles, aplats vibrants – ses toiles minimalistes racontent cinquante ans de rigueur et de silence.