L'odyssée de l'oubli au Musée d'Arts de Nantes
MUSÉE D'ARTS DE NANTES
Du 22 mai au 30 août 2026
ODYSSÉE DE L'OUBLI
Anne et Patrick Poirier
Depuis un demi-siècle, Anne et Patrick Poirier construisent ce qui n'est plus, ce qui n'a jamais été, ce qui sera peut-être. Des villes en ruine qu'aucune guerre n'a touchées. Des bibliothèques calcinées que personne n'a lues. Des tombeaux qui n'ont jamais contenu de corps. Née à la Villa Médicis devant les vestiges d'Ostia Antica, leur œuvre à quatre mains tisse, depuis, dans la matière du réel, une mémoire parallèle : celle des civilisations à venir, de celles qui s'effondreront demain, de celles que nous détruisons en ce moment même sans nous en apercevoir. Le Musée d'arts de Nantes leur consacre cet été une exposition où la boucle se referme.
Car les Poirier reviennent ici non en invités mais en revenants : enfant, Patrick a perdu son père dans les bombardements qui ont détruit la ville pendant la Seconde Guerre ; le corps fut identifié dans le Patio du musée, alors transformé en chapelle ardente pour recevoir les victimes. Quatre-vingts ans plus tard, c'est dans ce même Patio – nef lumineuse, silencieuse, entourée d'arcades – que le duo installe La Cité des ombres. L'œuvre est née d'un rêve que fit Anne Poirier alors que les chars russes s'ébranlaient vers l'Ukraine. Dans le rêve, elle descendait avec leur fils disparu, Alain-Guillaume, vers une cité blanche aux tours dégradées, aux volumes archétypiques, aux ouvertures triangulaires dépourvues de vie. L'installation que le visiteur traverse aujourd'hui en est la traduction : un plan symétrique en forme de cerveau, inspiré de la nécropole étrusque de Cerveteri, posé sur un nuage de plumes. Entrée impossible. Inventaire d'une absence.
Autour de l'expo
Autour, d'autres fragments composent le récit. Dans les galeries qui ceinturent le Patio, une citation de John Edgar Wideman court en néon blanc : « Dans le silence et l'oubli, l'histoire est une cité disparue, rasée par une guerre, une inondation, un incendie… ». Un Surtout Ruines d'Égypte, service décoratif commandé en son temps par Napoléon à la Manufacture de Sèvres et dévoyé par les artistes en utopie démantelée, occupe le centre d'une table. Sous la voûte de pierre de la Chapelle de l'Oratoire, plongée dans le noir, surgissent enfin deux œuvres fondatrices du duo, jamais revues en France depuis leur création : L'Incendie de la grande bibliothèque et les livres de Domus Aurea. La voix d'Alain-Guillaume Poirier les éclaire à l'envers, comme une lampe tenue par un fantôme attentif.
Par intermittence, un violon transperce l'air : Scissura, pièce inédite qu'Éric Tanguy a composée pour l'exposition et qu'interprète Júlia Pusker. L'archet fait ce que Patrick fait avec le plâtre, ce qu'Anne fait avec le fil – il incise le silence pour qu'il en sorte quelque chose. Et l'on comprend alors que l'œuvre des Poirier n'est ni commémoration, ni prophétie. C'est un instrument. Un moyen, parmi d'autres, de tenir le monde par ce qu'il a de fragile – avant qu'il ne s'écroule tout à fait.
Le Saviez-vous ?
Ce n'est pas la première fois que les Poirier investissent Nantes. Dès 1985, le musée les expose (Histoires de sculpture) ; en 1989, Domus Aurea trouve déjà sa place dans la Chapelle de l'Oratoire. En 2014, pour Le Voyage à Nantes, ils orchestrent Curiositas, exposition hors-les-murs qui irrigue plusieurs institutions. Plusieurs de leurs œuvres – Construction n°5 (1982), Mnémosyne (1991-1992), Anima Mundi (2014) – sont depuis entrées dans les collections. Odyssée de l'oubli n'est donc pas une rencontre, c'est un retour chargé d'histoire.
MUSÉE D'ARTS DE NANTES
Du 22 mai au 30 août 2026
10 rue Georges Clemenceau, 44000 Nantes



