Salon Réalités Nouvelles : nos lauréats et nos coups de cœur à Césure

CÉSURE
Du 5 au 8 novembre 2026

Le Salon Réalités Nouvelles fête sa 80e édition du 5 au 8 novembre 2026 à Césure, dans le 75005, et réunit cent vingt artistes autour de l'abstraction, une œuvre chacun. Arts in the City y remet pour la première fois son prix de la critique, et l'a décerné à trois d'entre eux, Fabrice Ainaut, Romain Laveille et Joanick Bécourt.

 

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Que reste-t-il à inventer dans l'abstraction, quatre-vingts ans après la première édition ? Le salon repose la question chaque automne depuis 1946, et il la posait déjà en 1939, lorsque Robert et Sonia Delaunay concevaient à la galerie Charpentier l'accrochage qui lui a servi de préfiguration. La règle n'a pas bougé, une œuvre par artiste et aucune hiérarchie entre elles. Trois noms, donc, parce qu'un seul aurait tranché une question qui ne se tranche pas. L'abstraction ne forme pas une famille, elle en forme plusieurs, qui ne se parlent pas toujours. Chez l'un, elle se compte en secondes et s'écrit comme une partition. Chez le deuxième, elle pèse, elle coule, elle sèche. Chez le troisième, elle tend un piège au regard.

Fabrice Ainaut, prix Arts in the City

Cinquante-deux facettes de PVC blanc, une partition, quatre-vingts centimètres de côté. Losange blanc sur relief en 52 facettes programmé ne se laisse pas saisir d'un coup d'œil, parce qu'il ne montre jamais deux fois la même chose. La lumière court le long des arêtes, bleue puis violette, selon une séquence que l'artiste a programmée lui-même, et le pliage se creuse, se referme, se rouvre au rythme qu'il lui a donné. En son centre, un losange de lamelles translucides s'ouvre comme une respiration suspendue. L'œuvre dure, au sens où dure un morceau de musique, et elle nous demande le même genre de patience.

Formé à la sculpture et à la musique, Fabrice Ainaut avait seize ans lorsqu'il a quitté le cadre académique pour l'Afrique de l'Ouest, où il est resté cinq ans au contact des pratiques traditionnelles et de la pensée animiste. De retour à Paris, il a travaillé auprès de Carmelo Arden Quin, puis de Julio Le Parc, et ces deux compagnonnages l'ont mené de l'abstraction géométrique au lumino-cinétisme. La robotique et la programmation sont venues plus tard, moins comme des outils que comme un instrument de plus. Il n'a toujours pas choisi.

Romain Laveille, prix Arts in the City

Un tableau s'appelle Jean-Paul. Sur un fond de terre cuite, une poutre crème striée tient en équilibre au-dessus d'un rectangle vert, et autour d'elle flottent une tache rouge, un ruban rose, une virgule jaune, deux crochets bruns et un bleu replié. Rien ne s'y laisse nommer, tout y paraît pourtant déjà connu, et le prénom donné à cet assemblage achève de nous égarer.

Romain Laveille peint à plat, au spalter, et verse parfois la couleur directement du pot sur le linoléum, comme on poserait un objet au sol. Chaque plage sèche avant que la suivante ne vienne se loger contre elle, une à une, côte à côte, du premier plan au dernier, si bien qu'aucune couche n'en recouvre jamais une autre. Il appelle cela une marqueterie de peinture. La profondeur apparaît néanmoins, et elle intrigue d'autant plus qu'elle ne doit rien à la superposition, puisqu'elle naît de plages voisines, d'une peinture qui n'a rien dissimulé. Les coulures, les grumeaux, les traînées de brosse y font la forme autant que la couleur. À force de poser des accidents les uns contre les autres, il finit par fabriquer des objets qui n'existent nulle part ailleurs.

Joanick Bécourt, prix Arts in the City

Et si l'ombre mentait ? Deux rectangles gris se tiennent debout au milieu de la halle, vides, un portique de plus dans une salle qui en compte beaucoup, et le regard passe d'abord sans s'arrêter. Il revient à cause du sol. L'ombre posée là ne bouge pas, ne pâlit sous aucun plafonnier, et son bord est trop net pour un éclairage diffus qui, de toute façon, n'en produirait jamais une seule. Elle est en vinyle, découpée et collée sur le béton. Toudouze se joue ainsi en deux temps, le volume d'abord, sa conséquence ensuite, et Joanick Bécourt décide des deux. Ceci n'est pas une ombre, et l'on se surprend, en quittant la salle, à vérifier toutes les autres.

Nos autres coups de cœur

 

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Du métal, du papier, un néon rouge. Bogumila Strojna a repris pour ce salon des sculptures qu'elle avait déjà faites, et Construction lumineuse en tire une installation qui court du mur jusqu'au sol. L'ossature affirme une présence d'architecture, le papier et la lumière en déplacent aussitôt la perception, et l'ensemble tient debout sur cette contradiction.

K ReneMayer dresse avec Anep-Ou, Ounen Nen, Kheper Nehéh un mur de sept panneaux articulés, des toiles peintes, repeintes, couvertes puis déchirées, rapiécées, agrafées, sur plus de deux mètres de haut. Le titre se traduit par Anubis, Nous sommes, Nous serons, et le passeur égyptien y devient le gardien d'un seuil que nous franchissons seuls. Certains y liront une méditation sur la permanence, d'autres le plaisir d'une matière qu'on malmène.

Trente centimètres de côté suffisent à Karen Trevisani. Duality in Balance III enserre un cube de bronze poli entre deux équerres de Plexiglas gravées de fines lignes verticales, et le jeu des reflets ne s'épuise pas davantage que celui des transparences.

Une obsession, et une seule, chez Jean-Paul Moscovino, la limite, non pas comme frontière figée mais comme zone de bascule. Entre-pont naît d'une feuille unique d'un seul bleu, découpée, pliée, dépliée, où l'espace traverse la forme sans qu'on sache plus lequel des deux contient l'autre.

Joël Chasseriau imprime dans Confusions un langage épuré, gris, ocre et rouge, où chaque forme impose sa couleur. Il pratique l'aquagravure de longue date, et ses découpages y retrouvent une troisième dimension.

Maria Arvelaiz-Gordon a commencé par des grilles métalliques déjà fabriquées, ce qui l'a décidée à apprendre la soudure. Elle introduit aujourd'hui de fines tiges sur la surface lisse du Plexiglas, où elles se croisent, se chevauchent et ouvrent des perspectives que la plaque, seule, ne laissait pas deviner.

Darko Karadjitch a taillé Phœnix dans un tronc de bouleau de cinq mètres cinquante, suite de sphères à facettes qui s'amenuisent jusqu'à presque disparaître. Le pigment bleu cobalt recouvre tout et arrache le bois à son identité naturelle. La sculpture repose dans un tas de cendres, ses propres résidus.

Quand l'art rencontre la science

 

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Et puis il y a le nuage. Dans la section arts et sciences que le salon accueille depuis 2014, Jean-Marc Chomaz, physicien au LadHyX et artiste, Quentin Benelfoul et Nicolas Reeves, en complicité avec Pierre Bourdon, ont dressé une colonne de verre au-dessus d'un sol en nid-d'abeilles, et y font monter une vapeur qui s'épanouit en champignon, retombe en volutes et recommence, chaque fois autrement. Aquinière porte le nom d'une source. Un anémomètre météorologique à ultrason, détourné de son usage, fabrique cette brume et lui donne aussi une odeur. Onze sources de la vallée de Chevreuse, chacune dotée d'une propriété particulière, ont disparu avec le bétonnage des sols, le drainage et le passage du tram devenu RER, et l'œuvre leur fabrique une mémoire. Les artistes parlent d'une collaboration plutôt que d'une sculpture, parce que la brume n'obéit pas, puisque l'heure, l'humidité et la température changent ses réactions, et que les séquences, écrites puis rejouées comme une partition, composent avec ce que les fluides décident. Les paillettes que l'on croit voir sont des gouttes d'eau à l'échelle de la poussière. On reste devant plus longtemps qu'on ne l'avait prévu.

Quatre-vingts ans que le salon se reforme ainsi chaque automne, et la question qu'il pose n'a toujours pas d'autre réponse que ces cent vingt-là, qui ne seront plus les mêmes l'année prochaine.

Retrouvez nos autres coups de cœur dans notre top des nouveautés de la semaine.

CÉSURE
Du 5 au 8 novembre 2026
13 rue Santeuil, 75005 - M° Censier-Daubenton (ligne 7)
Tous les jours de 11h à 20h
Entrée libre

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