La Sydney Dance Company scintillante dans ab [intra] au Théâtre Chaillot

Théâtre National de la Danse - Chaillot
Du 23 mars au 1er avril 2022

 

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Quelque part dans le 16e arrondissement de Paris, frappe un véritable séisme. Le temps de quelques représentations exceptionnelles, les intérieurs du théâtre national de la danse Chaillot, véritable temple de ce 6e art, se métamorphosent en un studio sombre, éclairé à la simple lueurs des néons translucides aux couleurs pastel. Sous ces jets de lumières, un, deux, trois, non, 17 danseurs qui se meuvent à l’unisson sous les directions habiles et précises de leur chef d’orchestre, le chorégraphe et directeur Rafael Bonachela. Cette petite vingtaine d’individus, aux corps amovibles et à l’apparence si légère, forment à eux seuls la célèbre Sydney Dance Company, plus grande compagnie contemporaine d’Australie. Des danseurs de très haut niveaux, rassemblés comme un seul et même tableau dans un spectacle baptisé ab [intra], signifiant en latin « de l’intérieur ». Un nom énigmatique, presque mythique pour une heure et quelque de prouesses techniques et corporelles, qui puise son appellation dans la construction même de la chorégraphie : « Le point de départ de la création est une série d’improvisations où j’ai demandé aux danseurs d’être ensemble dans l’instant, de ressentir et d’écouter, de suivre leurs intuitions et impulsions, puis de chercher à mettre par écrit ces instants. Cess phrases écrites ont servi de fil conducteur pour l’enchaînement des mouvements, la partition de danse, le transfert d’énergie de la pensée vers le corps. », a déclaré le directeur de la compagnie.

Une quête du moment présent, un ancrage dans le temps qui passe et qui défile, comme un dernier effort pour capter ce qui compte réellement. Ce spectacle d’une grâce sans précédent, Rafael Bonachela l’a imaginé comme un transfert d’énergie entre l’intérieur et l’extérieur, en s’appuyant sur ses propres instincts humains, naturels et personnels. Un processus créatif dont lui seul a le secret, qui résulte en une implosion, un véritable cataclysme d’émotions et de phrases silencieuses, comme une grande poésie des mots sans les dire. Si le rideau s’ouvre sur une musique presque sourde, les danseurs vont et viennent par la suite au rythme des compositions lyriques et originales de Nick Wales. D’une scène à l’autre, les accents d’un violoncelle, issus d’une composition de Peteris Vask, font vibrer les corps et les cœurs de ces interprètes virtuoses, comme autant de cordes sensibles dans une chorégraphie splendide, qui fait parler les pulsions de ces jeunes funambules aux enveloppes corporelles qui ne font qu’un. A la manière d’un opéra en plusieurs actes, le spectacle commence par un ensemble discret et langoureux, pour se détacher en quelques duos triomphants et trios à l’énergie vitale disposés comme un miroir inversé. Des ensembles époustouflants, oscillant entre synchronisation parfaite et éclatement des instincts primaires, viennent rythmer ce délicieux tourbillon aux jeux de lumières parfaitement maitrisés, auquel il est impossible de ne pas prendre part. Souplesse, concentration et force peu commune sont au service d’une gestuelle athlétique et charnelle à la précision redoutable, qui brille dans les duos aux airs de tragédies grecques et resurgi dans les ensembles passionnés. Un ballet fluide, habile et sensuel, comme une douce invitation à raconter les entrailles humaines sans jamais avoir à prononcer un mot.

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